De plus, une grande partie d’entre eux vit encore dans le « Nahualisme et tonalisme. Alors que seuls certains individus reçoivent le don de se transformer en animal (nahuales), tous possèdent dès la naissance un alter ego, un double animal qui détermine son caractère, sa résistance physique et spirituelle et, en fin de compte, son destin. »
« Il y a des silences qui ne sont pas des absences.
Il y des souvenirs qui donnent la chair de poule comme le font les caresses. Le corps cherche, attend, trouve, marche sur les chemins de l’avenir.
Mais l’âme, insatisfaite, ne lui est pas toujours fidèle : parfois, quand il dort ou se distrait, elle vole et devient libre. »
On acquiert les premiers signes d’identité, et l’on a mémoire, depuis avant la naissance, dès que l’esprit, ou ch’ulel, entre dans le corps du fœtus, dans le ventre de la mère. Et l’entité de son âme profilera la façon d’être du sujet, son caractère, et déterminera son avenir personnel. L’action d’incorporation parcourt ses deux principaux centres de mémoire et d’identité : son esprit ou âme (ch’ulel), et son cœur (yotan). Si le nouveau-né est doué, en plus du ch’ulel, il aura la manifestation du pouvoir, la sagesse ou les dons des esprits, ou lab. Ceux-ci vont du plus puissant (tigre, serpent) à divers petits animaux, ou éléments naturels (fleurs, eau, terre, etc.) même des insectes.
On dit d’une personne sage qu’elle a le don de guérir, de voir et de sentir (par palpation), ainsi que de prier et de donner des conseils. Ou de transmettre des enseignements oraux, d’interpréter des songes, de guérir, ou enfin, de faire du mal au corps et à l’âme.
Dans ces cas-là, la personne l’apprend à l’âge adulte, quand elle peut exercer ses pouvoirs. Et elle ne saura jamais quel animal ou être est son esprit puissant, jusqu’à sa mort, moment auquel son lab se manifeste d’une façon ou d’une autre. Les gens ordinaires savent qu’ils doivent prendre soin de leur esprit. Ce qui veut dire qu’on doit éviter les accidents, sinon, s’il y a chute, il faut éviter de provoquer l’envie, car ce sentiment est l’une des plus grandes causes de mauvais sort, de mauvais œil ou de dommage. Si la personne s’affaiblit ou tombe malade, le sorcier ou guérisseur « lira la mémoire du sang » dans son pouls et lui dira s’il y a eu dommage ou sorcellerie, ou si le malaise est dû à une chute, un heurt, ou une frayeur qui aurait provoqué la perte du ch’ulel. Un sorcier qui sait palper peut aussi reconnaître quand le corps est affaibli par une perte d’énergie ou une maladie. En pareil cas les proches devront réunir le matériel nécessaire pour la guérison : bougies, pox (eau de vie) une poule ou un coq, selon le cas. Le ch’ulel cherche aussi le monde naturel, la montagne ou la forêt, et dans la nuit, pendant le repos du corps, son esprit sort vagabonder à la recherche d’expériences. Le vécu nocturne de l’esprit laisse des traces, des sensations et des blessures à la personne. Malgré cette adversité, les gens gardent le sens évident de la dignité et des certitudes palpables qu’ils vivent dans de multiples stratégies de choix et de résistance qui ont étayé leur existence et leur survie culturelle.

L’alebrije est une technique de carton et papier mâché qui date des années 30 du XX° siècle, et son inventeur est Pedro Linares, qui en a eu l’idée à partir de rêves durant une maladie qui l’a mené à créer des formes imaginaires et surréalistes, et c’est l’acte onirique qui lui a permis d’expliquer ce qui lui est arrivé durant sa maladie et ses rêves.
Les alebrijes sont des pièces uniques chargées de symboles, d’animalité, de forme humaine et religieuse. Le travail sur les sculptures est un échantillon du vécu et une approche pendant plusieurs années des communautés Zeltales du sud du Mexique, où j’ai pu voir et comprendre la valeur du rêve, le ch’ulel (âme) et la charge religieuse et symbolique qu’il contient en lui-même, apprendre à comprendre et reconnaître depuis le point de vue métis ou caxilán (comme ils disent). Surtout de récupérer les souvenirs des aïeux qui en racontant les histoires nous montraient la façon de vivre qu’ils avaient autrefois, le respect de la terre, des animaux et le plus important, la dualité entre la vie et la mort.
Ce travail a été développé selon la technique de l’alebrije, en tenant compte du sens onirique des symboles religieux, des cosmogonies pré-hispaniques, pré-colombiennes et surtout de la valeur symbolique qui existe dans le sud (Chiapas) du Mexique, au sujet de la relation âme-animal et nature.