Un jour, j’ai voulu lui donner une poupée, mais quand je suis allée lui en chercher une, je n’en trouvais aucune qui corresponde à sa personnalité, et je n’avais aucune envie de lui donner du made in China, non par mépris de la main d’œuvre chinoise, mais plutôt à cause de l’abus de pouvoir sur les gens pratiqué par les grandes entreprises qui paient des salaires misérables. Je me suis dit :« Merde ! je vais en faire une, même si elle n’est guère symétrique (de toutes façons, la symétrie ne me plaît pas).
C’est ainsi qu’a commencé ce délire de tissus, d’aiguilles et peu à peu, de matériaux différents que j’ai adoptés grâce aux conseils d’artistes tels que Valeria Pasina, qui a eu la patience de m’enseigner un temps, ou à présent, Philippe, Nadia, José, Beatriz, Catherine, Maika, Treresa et Saúl Cerda, qui m’ont donné leur confiance pour créer des pièces en commun pour cette exposition.
Dans les séries que je présente ici, il y a les sorcières et les fées. Les premières sont inspirées de légendes de mon village d’enfance, dont les habitants sont connus comme les sorciers de Bethléem. Les fées sont inspirées des légendes européennes.
Une autre série traite des travailleuses sexuelles qui quittent leurs pays dans l’espoir de nourrir leur famille laissée derrière elles, pour rendre hommage au courage qu’il leur faut pour supporter les conneries du premier crétin venu qui leur demande leurs services. En particulier, cette section est consacrée à celles qui travaillent au coin de la Merced dans le District Fédéral de la ville de Mexico, qui m’ont raconté leurs secrets, se montrant dans toute leur dimension de femmes et d’êtres humains.
Une autre série est consacrée aux couples, aux nus, au sexe, et aux relations de pouvoir jouées sous le masque du couple marié, des bonnes mœurs, du mimétisme, du toi-et-moi-ne-formons-qu’un, et à l’individualité, le tout vu et exagéré par moi, bien entendu.
Ensuite il y a les poupées faites en commun, chargées d’expériences personnelles et sociales en accord avec chacun, par exemple, pour ce qui est de José Araya, hispano des Etats Unis, il connaît directement le racisme et les frontières qui unissent et séparent. Dans ce cas, c’est la « Vierge des Mojados » que nous avons créée ensemble en prenant pour symbole le papillon monarque, qui voyage du Mexique au Canada et retour, traversant les frontières inventées par les hommes, sans passeport ni visa. Même le mur que construit le gouvernement étasunien sous prétexte de faire cesser l’immigration illégale du Mexique aux Etats Unis ne peut arrêter leur vol, par contre les cultures maïs transgénique de Monsanto font des ravages sur cette espèce qui du coup, est voie de disparition.
Voilà, c’est ainsi que des bouts de tissu, des fils, des fils de fer, du papier et des histoires attrapées à l’atelier tissent cette histoire d’amour, de folie, de passion, et de haine. Prenez-y plaisir.
Malena Díaz, artiste selon le moment.