Ses photographies sont pour lui une représentation du mélange de la nostalgie que ce continent isolé lui évoque et de son propre sentiment confus d'appartenance et d'étrangeté sur ces terres. Son arrivée en Amérique du Sud se fera à la fin de l'adolescence, en Uruguay. Avant cela, il n'avait jamais mis les pieds en Argentine. Ce premier contact tardif avec sa terre d'origine fait partie des nombreuses séquelles des dictatures latino-américaines auxquelles les enfants d'exilés de sa génération sont confrontés.
A son arrivée, son besoin de découverte d'une part cachée de lui-même l'ont poussé à photographier, comme pour pallier à l'absence d'image qu'il avait de sa propre origine. C'est en quête de visages, tels qu'ils se donnaient à voir, qu'il a découvert que son isolement faisait partie d'une communauté de souffrance qui est encore loin d'être palliée, car justement trop peu représentée. Sa démarche est donc pour lui proche de l'engagement politique, car c'est avant tout une représentation de l'humain qui a motivé son travail. Cependant, à ses yeux, l'engagement ne prend un sens politique qu'accompagné de la naissance de quelque chose de nouveau, qui ne soit ni pire ni meilleur. Quelque chose qui soit tout simplement autre, qui sorte des cadres de reproduction d'une image figée dans laquelle la politique et trop de sociétés se trouvent. La représentation d'une image personnelle de l'Amérique du sud est donc pour lui plus qu'un simple témoignage, elle est création, métaphore de son engagement et d'un devenir possible.
Au passage, son engagement a marqué son devenir de photographe.